Je m'étais entaillé les avant-bras des poignets jusqu'aux coudes, profondemment.
En serrant les dents sous la morsure brûlante de la lame.
Je m'étais assis dans le noir et le silence pour attendre le néant qui allait m'engloutir. J'ai fermé les yeux et j'ai écouté les battements de mon coeur. Je sentais mon sang et ma vie s'écouler de mes plaies en larmes épaisses et parfumées.
J'avais vu dans ton regard, mon ami, mon reflèt, toute la futilité de l'éxistence ici bas. J'avais vu dans tes prunelles toute la souffrance inutile du passé et celle que promettait le futur.
Misérable est la vie, nous commencons à mourir le jour de notre naissance. Nous courons après les richesses, les honneurs et la gloire et quoi que nous fassions, que nous réussissions ou pas, nous irons tous nourrir les vers.
Les dieux ne sont pas, n'ont jamais été. Notre route n'a d'autre direction que le vide de l'oubli. L'hypocrisie de l'univers est de nous faire croire autrement. L'espoir est notre bêtise.
J'entendais les gouttes s'écraser sur le carrelage glacé et me mis à murmurer dans cette solitude que je voulais finale et éternelle. C'était comme une prière, une psalmodie qui tissait ses toiles diaphanes jusqu'aux étoiles. Litanie sans fin s'enroulant sur elle-même, en spirale, qui tourbillonnait dans ma tête, fielleuse d'acide colérique.
J'accusais mes parents de m'avoir mis au monde, de m'avoir donné la vie. Cette vie horrible pleine de plaisirs coupables et inassouvis et de souffrances interminables qui m'enflammaient les sens.
J'accusais mes amis de m'avoir tiré hors des tombes que je me creusais, de m'avoir encouragé à repousser cette fin, ce néant que je désirais ardemment.
J'accusais mon père et ma mère de m'avoir appris à être fort pour enfin me montrer leurs faiblesses. Je les accusais d'avoir fait de moi ce que j'étais et de n'avoir pas été ce qu'ils auraient voulu que je sois.
J'accusais mes frères et mes soeurs de m'avoir soutenu au lieu de me laisser crever comme je le méritais. Je les accusais de m'avoir donné foi en l'humanité, cette race abjècte que j'abhorrais et que j'aurais voulu réduire en cendres.
J'accusais ma compagne de m'avoir montré l'amour, source de joie puérile et de douleur profonde. Je l'accusais de m'avoir rendu faible devant les larmes. Je l'accusais de m'avoir donné l'envie de vivre et d'espérer alors que je n'aspirais qu'au vide salvateur.
Et je m'accusais moi, d'être ce que je suis, rien qu'un con arrogant et prétentieux. Un imbécile lache et menteur qui a pissé dans sa soupe pour ensuite se plaindre du goùt. Une bête malodorante et primitif qui se donne des faux airs d'intellectuel, de poète, et qui se plaint d'être mal aimé alors qu'il n'a toujours pensé qu'à sa petite personne.
Je m'accusais d'être un homme, cet excrément humain que je suis encore un peu, à cette heure. Je m'accusais d'avoir encore en moi cette héritage génétique maudit qui avait fait de moi cette créature vicieuse et dégénérée qui hurlait sa peine d'avoir été abandonnée. Comme je voudrais me l'arracher, cette humanité dégoutante. L'arracher de mon corps, de mon sang, de mes gènes, de mon âme. L'arracher et la bruler. Afin de me purifier de cette abomination, de cette pourriture.
Je m'accusais de voir, de juger et de mépriser dans les autres tous les défauts que j'avais en abondances. Je m'accusais de faire des sermons sur des vertus et des qualités que je n'avais pas, que je n'avais plus, que je n'aurais jamais. De me faire passer pour un guerrier, un saint, un dieu alors que je n'étais qu'un vil parasite invertébré au foie jaune. Une vilaine araignée poilue, tisseuse d'illusions et dévoreuse de rêves.
Je m'accusais de chantage émotionel, de cruauté mentale et de mythomanie galopante. J'aurais voulu m'écorcher la peau et écrire dessus la liste interminable de mes crimes, de mes péchés, de mon ignominie. Cela aurait été mon étendard, mon drapeau de damné.
J'accusais mon corps d'avoir été fort alors que j'aurais voulu être couvert d'ulcères purulentes qui déverseraient des torrents de pus pour exprimer ma rage et ma haine.
J'accusais mon coeur de battre encore malgré toutes ses meurtrissures et mon âme de vibrer malgré sa noirceur infâme.
J'aurais tant voulu n'être que poussières et cendres, mort et oublié.
J'accusais mon éxistence d'être.
Et j'accusais ces pages de n'avoir sues rester vierges. De s'être laisser souillées par ces pensées morbides, semences putrides de ma cervelle malade ; par ces mots tremblants, fruits de mes idées sombres, rejetons bâtards de Satan Suicidaire, béni soit-il.
Amen
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